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Attendons la suite.

 

J’ai pris un livre de contes et j’ai lu :

« Il était une fois un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfant et qui en étaient fort désolés. »

J’ai sauté quelques pages et voilà ce que je trouve :

« Il était une fois une pauvre orpheline qui rêvait d’un foyer où on l’accueillerait, où on la traiterait comme la fille de la maison. »

Quand j’ai vu cela, j’ai vite couru chez le roi et la reine et je leur ai dit que je connaissais une petite fille qui, j’en étais sûr, ne souhaitait rien tant que d’avoir une famille, des parents. Puis j’ai couru chez l’orpheline et je lui ai annoncé que j’avais trouvé un roi et une reine sans enfant. Ils seraient très heureux de l’adopter, je m’en portais garant.

- En êtes-vous vraiment sûr ? me demanda l’orpheline qui n’osait croire à un tel bonheur.

- Est-ce bien certain ? me demandèrent le roi et la reine, très émus. Est-il possible que tout s’arrange aussi vite ?

Je les ai rassurés et j’ai fixé un rendez-vous.

Et maintenant, j’attends la suite avec impa­tience. J’ai bon espoir que ça devienne intéres­sant. « Car, ai-je pensé, dans les histoires habi­tuelles, tout va mal au début et c’est seulement à la fin que ça s’arrange. Mais si ça commence bien, il y a des chances pour que ça se termine mal. Très mal peut-être ! » Ce serait beaucoup plus drôle, non ?

 

Encore une histoire tragique


Un jour un rayonnage de bibliothèque, un gros livre à couverture rouge demande très poliment à son voisin, un petit maigrichon plutôt pâle :

- Donner me monsieur pardon pourriez renseignement un vous ?

- Excusez-moi, je ne comprends pas ce que vous dites, répond tout aussi poliment le voisin maigrichon.

- Ah, c’est vrai, dit le gros livre rouge avec un soupçon de mépris, j’oubliais que vous n’êtes qu’un petit roman et que vous ne savez pas parler comme nous, les dictionnaires, par ordre alphabétique !

- Un dictionnaire ! s’écrie le roman, indigné. Eh bien, puis-je vous demander, monsieur le dictionnaire, ce que vous faites dans une histoire ? Les histoires, c’est réservé à nous autres les romans !

Réellement vexé, le gros dictionnaire rouge s’abat de tout son poids sur le petit roman, maigre et pâlot.

- Crétin de espèce tiens, dit-il, capables d’des dictionnaires histoires inventer les prouvera que qui sanglantes sont te voilà !

 

Image

 

Comme une image. Je faisais tout ce qu’ils disaient. J’étais comme ils voulaient que je sois. Sage comme une image.

Ils m’ont pris en photo, et affiché sur les murs. Pour vendre des yaourts et des chaus­settes en coton.

Ils m’ont collé dans les catalogues, pour pré­senter leurs modèles de tricot. Ils m’ont glissé dans les magazines. À la rubrique Enfants, juste avant les recettes de cuisine.



Comme une image.

Mais toi, tu as déchiré la page et tu m’as découpé sans m’abîmer. Avec tes crayons,tu m’as fait une moustache et des petits yeux comme les Chinois, avec du bleu tout autour. Tu m’as teint les cheveux en rose et percé l’oreille droite pour y accrocher un anneau.

Ils ne m’auraient pas reconnu.

Et puis tu as ouvert la fenêtre. Il y a eu un courant d’air. Et l’image s’est envolée.

 

La chose

Je me suis réveillé, le cœur battant et les mains moites. La chose était là, sous mon lit, vivante et dangereuse. Je me suis dit : « Surtout ne bouge pas ! Il ne faut pas quelle sache que tu es réveillé. » Je la sentais gonfler, s’enfler et étirer l’un après l’autre ses tentacules innombrables. Elle ouvrait la gueule, maintenant, et déployait ses antennes. C’était l’heure où elle guettait sa proie. Raide, les bras collés au corps, je retenais ma res­piration en pensant : « Il faut tenir cinq minutes. Dans cinq minutes, elle s’assoupira et le danger sera passé. » Je comptais les secondes dans ma tête, interminablement. À un moment, j’ai cru sentir le lit bouger. J’ai failli crier. Qu’est-ce qu’il lui prend ? Que va-t-elle faire ? Jamais elle n’est sortie de dessous le lit. J’ai senti sur ma main un léger frisson, comme une caresse très lente. Et puis plus rien. J’ai continué à compter, en m’efforçant de ne penser qu’aux nombres qui défilaient dans ma tête : cinquante et un, cinquante-deux, cin­quante-trois. .. J’ai laissé passer bien plus de cinq minutes. Je me suis remis enfin à respirer normalement, à me détendre un petit peu. Mais mon cœur battait toujours très fort. Il résonnait partout en moi, jusque dans la paume de mes mains. Je me répétais : « N’aie plus peur. La chose a repris sa forme naturelle. Son heure est passée. » Mais, cette nuit-là, la peur ne voulait pas me lâcher. Elle s’accrochait à moi, elle me serrait le cou. Une question, toujours la même, roulait dans ma tête : Qui est la chose ? La chose qui, chaque nuit, gonfle et s’enfle sous mon lit, et s’étire à l’affût d’une proie. Et puis reprend sa forme naturelle après quelques minutes.

J’ai compté jusqu’à dix en déplaçant lente­ment ma main droite vers la lampe de chevet. À dix, j’ai allumé et j’ai sauté sur le tapis, le plus loin possible. Et qu’est-ce que j’ai vu sous mon lit ? Mes pantoufles ! Mes bonnes vieilles pantoufles que je traîne aux pieds depuis près de deux ans. Elles me sont trop petites, déjà, et percées en plusieurs endroits.

J’étais vraiment déçu. Et un peu triste. Je me suis dit : « Alors, on ne peut plus avoir confiance en rien ? Il faut se méfier de tout, même des objets les plus familiers ? » J’ai regardé long­temps les pantoufles. Elles avaient l’air parfaite­ment inoffensives, mais je ne m’y suis pas laissé prendre. Avec beaucoup de précaution, je les ai enveloppées dans du papier journal et j’ai soigneusement ficelé le paquet. Et j’ai jeté le tout dans la chaudière.

 


Date: 2015-12-11; view: 652


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