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La poésie : parole heuristique

La poésie, sous la plume des poètes de la Pléiade, se veut parole heuristique

La poésie est heuristique, initiatrice de connaissances scientifiques et spirituelles, d’abord parce qu’elle cherche à communiquer le désir de connaissance au lecteur.

Ainsi, Ronsard établit une analogie entre rôle de la philosophie qui explore les mystères de l’univers et rôle de la poésie, du poète.

Ronsard, L’Hymne de l’Hyver 1563

Afin que le peuple ignorant me mesprise

La vérité cognue après l’avoir aprise,

D’un voile bien subtil (comme les paintres font

Aux tableaux animez) luy couvre tout le front,

Et laisse seulement tout au travers du voile

Paroistre ses rayons, comme une belle estoille,

A fin que le vulgaire ait désir de chercher

La couverte beauté dont il n’ose approcher

 

Nombreuses sont les œuvres à prétention philosophique :

- Ronsard Hymnes 1555-1556

- Scève Microcosme 1562, les Vers lyriques 1547,

- Peletier l’Uranie 1555

Réflexion néo-platonicienne sur la fonction de la poésie

On trouve dans cette théorie la marque du néo-platonisme qui fait la pensée des poètes de la Pléiade comme beaucoup de leurs contemporains. On retrouve la fonction première de la poésie qui serait de protéger les mystères sacrés des regards profanes.

Ainsi le poète s’efforce par la parole poétique de rendre visible la vérité qui échappe à tout langage, en procédant par approximation, allégories, images. La parole poétique peut seule se rapprocher de la parole originelle et révéler les mystères de la Création, approcher le divin.

De plus, les poètes de la Pléiade pensent en quelque sorte avoir la révélation de la beauté littéraire qu’ils tentent donc d’approcher par la parole poétique.

Du Bellay, L’Olive, « L’idée »

Si notre vie est moins qu’une journée

En l’éternel, si l’an qui fait le tour

Chasse de nos jours sans espoir de retour,

Si périssable est toute chose née,

 

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?

Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,

Si, pour voler en un plus clair séjour,

Tu as au dos l’aile bien empennée ?

 

Là est le bien que tout esprit désire,

Là le repos où tout le monde aspire,

Là est l’amour, là le plaisir encore.

 

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,

Tu y pourras reconnaître l’Idée

De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

 

Conclusion

La Pléiade fut d’abord une grande aventure de l’esprit qui contribua à faire du français une langue littéraire. Ce courant a également contribué à élaborer les principes qui font les fondements de la poésie classique, fondements qui ont été ensuite pensés, réfléchis, contestés pour aboutir à la remise en cause d’une définition strictement formelle de la poésie et la mise en place d’une réflexion qui tend à chercher à comprendre ce qui fait l’essence de la poésie, du poétique en-deçà de la forme qui n’est qu’un épiphénomène.



http://www.lettres.ac-versailles.fr/IMG/pdf/La_Pleiade.pdf

 

 

1. « Par longue et diligente imitation.»

Le souci majeur de la Brigade, élevée sous l'égide de l'helléniste Jean Dorat, est de faire reculer le «Monstre Ignorance» par la diffusion de la culture antique. Conscients de la nécessité d'enrichir la langue française, ces jeunes poètes voient dans l'imitation des Anciens une possibilité d'intégrer des formes nobles délaissées par le Moyen Age et d'enrichir le vocabulaire. Mais ce dogme de l'imitation touche aussi les modernes, néo-latins ou italiens, et prend soin de se démarquer d'une simple servilité. Émile Faguet a appelé "innutrition" cette assimilation personnelle des sources livresques : « Si, par la lecture des bons livres, je me suis imprimé quelques traits en la fantaisie, qui, après [...] me coulent beaucoup plus facilement en la plume qu'ils ne me reviennent en la mémoire, doit-on pour cette raison les appeler pièces rapportées ?» (Du Bellay, Seconde préface de l'Olive, 1550).

Joachim Du Bellay (1522-1560)

Défense et illustration de la langue française (1549)

[Rédigé à la hâte pour prendre le contre-pied de l'Art poétique de Thomas Sébillet, ce manifeste exprime une "heureuse inconséquence" (V.L. Saulnier) : préconisant l'imitation des langues anciennes, il n'exclut pourtant pas que la langue française rivalise à son avantage avec elles, et, du même coup, il alimente une réflexion déjà moderne sur le caractère transitoire des civilisations].

Se compose[1] donc celui qui voudra enrichir sa langue à l'imitation des meilleurs auteurs grecs et latins : et à toutes leurs plus grandes vertus, comme à un certain but, dirige la pointe de son style. Car il n'y a point de doute que la plus grande part de l'artifice[2] ne soit contenue en l'imitation, et tout ainsi que ce fut le plus louable aux anciens de bien inventer, aussi est-ce le plus utile de bien imiter, même à ceux dont la langue n'est encore bien copieuse et riche. Mais entende celui qui voudra imiter, que ce n'est chose facile de bien suivre les vertus d'un bon auteur, et quasi comme se transformer en lui, vu que la nature même aux choses qui paraissent très semblables n'a su tant faire que par quelque note et différence elles ne puissent être discernées. Je dis ceci, parce qu'il y en a beaucoup en toutes langues qui, sans pénétrer aux plus cachées et intérieures parties de l'auteur qu'ils se sont proposé, s'adaptent seulement au premier regard, et, s'amusant à la beauté des mots, perdent la force des choses. Et certes, comme ce n'est point chose vicieuse, mais grandement louable, emprunter d'une langue étrangère les sentences et les mots, et les approprier à la sienne, aussi est-ce chose grandement à reprendre, voire odieuse à tout lecteur de libérale[3] nature, voir en une même langue une telle imitation, comme celle d'aucuns savants mêmes, qui s'estiment être des meilleurs, quand plus ils ressemblent à un Heroët ou un Marot. Je t'admoneste donc (ô toi qui désires l'accroissement de ta langue, et veux exceller en icelle) de non imiter à pied levé, comme naguère a dit quelqu'un, les plus fameux auteurs d'icelle, ainsi que font ordinairement la plupart de nos poètes français, chose certes autant vicieuse, comme de nul profit à notre vulgaire[4] : vu que ce n'est autre chose (ô grande libéralité !) sinon lui donner ce qui était à lui. Je voudrais bien que notre langue fût si riche d'exemples domestiques[5] que n'eussions besoin d'avoir recours aux étrangers. Mais si Virgile et Cicéron se fussent contentés d'imiter ceux de leur langue, qu'auront les Latins outre Ennius ou Lucrèce, outre Crassus ou Antoine ? [...]

Quoi donc (dira quelqu'un), veux-tu à l'exemple de ce Marsyas, qui osa comparer sa flûte rustique à la douce lyre d'Apollon, égaler ta langue à la grecque et latine ? Je confesse que les auteurs d'icelles nous ont surmontés en savoir et faconde : ès quelles choses leur a été bien facile de vaincre ceux qui ne répugnaient point. Mais que par longue et diligente imitation de ceux qui ont occupé les premiers ce que nature n'a pourtant dénié aux autres, nous ne puissions leur succéder aussi bien en cela que nous avions déjà fait en la plus grande part de leurs arts mécaniques, et quelquefois en leur monarchie, je ne le dirai pas; car telle injure ne s'étendrait pas seulement contre les esprits des hommes, mais contre Dieu, qui a donné pour loi inviolable à toute chose créée de ne durer perpétuellement, mais passer sans fin d'un état en l'autre, étant la fin et corruption de l'un, le commencement et génération de l'autre.

I, VIII et IX

 

Questions :

- Montrez comment le texte mêle la déférence à l'égard des lettres anciennes à un propos résolument moderne.

- Lisez la Défense et Illustration de la langue française (http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/Du_Bellay.htm) et recensez les moyens par lesquels Du Bellay propose d'enrichir la langue française. En consultant les pages que nous consacrons au Vocabulaire (http://www.site-magister.com/vocabcd.htm#lex), vous pourrez vous exercer à des recherches lexicales portant sur des mots que l'on commence à fabriquer au XVIème siècle à partir de radicaux grecs ().

- Dans la page consacrée à la Défense de la langue française (http://www.site-magister.com/vocabcd2.htm), vous pourrez prendre connaissance de textes et de liens qui vous aideront à replacer le débat dans le monde d'aujourd'hui.

 


Date: 2015-12-11; view: 729


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