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agrave; Paris (novembre 1380), vus par le Religieux de Saint-Denis

Les rituels de la monarchie : le sacre de Charles VI et son entrée

agrave; Paris (novembre 1380), vus par le Religieux de Saint-Denis

Le terme fixé pour élever le nouveau roi sur le trône de son père approchait ; le duc régent, voulant lui former un cortège brillant des gens de guerre campés autour de Paris, leur enjoignit à tous, par la voix du héraut, de l’accompagner en armes jusqu’à Reims (…).

 

Le roi fut reçu [à Reims] avec une joie inexprimable par la population des deux sexes, qui proclamait ses louanges, et conduit par le clergé en procession solennelle à l’église de Notre-Dame. Après avoir payé à Dieu le tribut de ses prières, conformément à son âge, il se retira dans le palais archiépiscopal. Le lendemain, il fut encore conduit processionnellement à l’église ; là, il prêta son serment de nouvelle chevalerie comme novice d’armes ; il fut ceint du baudrier militaire par le duc d’Anjou, avant d’être consacré par l’huile sainte et revêtu des ornements royaux. Ces objets sont confiés à la garde des vénérables abbés de Saint-Remi et de Saint-Denis, à qui il appartient de droit d’en faire les honneurs dans cette solennité. L’archevêque de Reims était assisté par tous les évêque pairs du royaume ; mais de tous les seigneurs séculiers décorés du titre de pairs, le duc de Bourgogne, doyen de la pairie, était le seul présent (…). Pendant l’office divin, lorsque le roi eut été sacré par la main de l’archevêque et décoré des insignes de la royauté, lesdits seigneurs le conduisirent vers une estrade élevée à cet effet, afin qu’il fût en vue de tous, et le firent asseoir sur le trône royal ; puis ils remirent entre les mains de monseigneur Louis, frère du roi, enfant de dix ans, l’épée de Charlemagne, dite Joyeuse, que, suivant une coutume introduite à l’époque de ce prince, on portait le jour du couronnement des rois en mémoire de ce tant célèbre et glorieux prince.

 

Le service fini, le roi, revêtu de ses ornements, décora du titre de nouveaux chevaliers les fils du duc de Bar et du sire de Montmorency, ainsi que dix autres jeunes gens de noble famille. Puis il alla se mettre à table (…). Pour ajouter à l’éclat du festin, le nouveau connétable et le maréchal de France, Louis de Sancerre, servirent à cheval les plats sur la table du roi à travers la foule des assistants ; pendant le dîner, des traits de l’histoire ancienne furent représentés pour divertir les convives ; en un mot, il ne manqua rien de ce qui pouvait contribuer à rendre cette fête brillante.



 

[Le lendemain] le roi, couronné d’un riche diadème, reçut l’hommage féodal et les serments de fidélité des princes et des barons, qui lui baisèrent humblement la main ; deux jours ne s’étaient pas écoulés, qu’ils se hâtèrent de le ramener à Paris par la Champagne et la Picardie, sans le laisser entrer dans les villes fortes ou les cités, où il était attendu avec le plus grand empressement et des préparatifs immenses. Les princes savaient que la coutume des rois, ses prédécesseurs, avait toujours été jusqu’alors d’exercer sur leur passage la munificence royale en confirmant les franchises des villes et délivrant les prisonniers. Ainsi ils ne le permirent point. Ceux qui connaissaient leurs motifs secrets, disaient que c’était pour empêcher le roi de céder aux instantes prières de ses sujets, et de remettre une partie des subsides royaux (…).

Le jour suivant, qui était un dimanche, lorsqu’il approcha de Paris, il revêtit une robe de soie, toute éclatante de fleurs de lis d’or. Avec quelle joie et quelle magnificence il fut reçu dans la ville ! Les bourgeois, en habits mi-partis blanc et vert, allèrent à cheval à sa rencontre jusqu’à la Chapelle ; les rues et les carrefours de la ville étaient tendus de tapisseries comme des temples ; on entendait de tous côtés les sons harmonieux des instruments. Il y avait aussi en beaucoup d’endroits des fontaines artificielles, d’où jaillissaient en abondance du lait, du vin ou une eau limpide, dont la vue captivait, malgré eux, les regards des passants ; la foule qu’attirait ce spectacle, ne pouvait dans son avide curiosité, se lasser d’admirer la nouveauté de ces merveilles.

 

Le roi traversa la ville avec un air de contentement jusqu’à l’église Notre-Dame. L’évêque et les chanoines l’y reçurent processionnellement, en chantant des hymnes et des cantiques, en portant les textes des évangiles et en déployant toute la pompe ecclésiastique. Puis, ayant adressé ses prières à Dieu, il rentra au Palais. Là, il reçut les présents qui lui furent offerts par les bourgeois, les prélats et les grands du royaume ; et pendant trois jours, il célébra de splendides festins. Les chevaliers et les seigneurs passèrent tout ce temps en tournois et en divertissements militaires ; ils y invitèrent les dames de haut rang qui se trouvaient à Paris, et étalèrent tout le luxe imaginable pour donner à cette fête le plus d’éclat possible.

 

Chronique du Religieux de Saint-Denis, éd. et trad. L. Bellaguet, Paris, 1842, t. I, p. 2-35 (rééd., Paris, 1994)

 

[Cette chronique du règne de Charles VI (1380-1422) a en fait été rédigée en latin par le chantre de l’abbaye de Saint-Denis, Michel Pintoin (v. 1350-1421)]

 

 


Date: 2015-12-11; view: 551


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