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Vocabulaire à retenir

abriter – mettre dans un lieu où l’on peut se mettre à couvert de la pluie. du danger

becquerel (m) – unité de mesure d’activité d’une source radioactive équivalent à l’activité d’une quantité de nucléide radioactif pour laquelle le nombre de transitions nucléaires spontanées par seconde est égal à 1

bénéficier – tirer un profit, un avantage

contaminer – infecter par une maladie contagieuse

dalle (f) – grand espace réunissant des immeubles modernes

décès (m) – mort d’une personne

déclencher – déterminer le fonctionnement

désosser – enlever l’os ; démonter

gravats (m pl) – ma tériaux de démolition

incongru – qui pèche contre les règles du savoir-vivre, de la bienséance

intenter un procès – entreprendre contre qn, formuler devant la justice

lancinant – qui se fait sentir par élancements aiguslancinant

millisievert (m) – une millième partie de sievert[sivœrt]- unité de mesure d’équivalent de dose de rayonnement ionisant

parpaing (m) – pierre qui occupe toute l’épaisseur d’un mur

prendre en charge – prendre sous sa protection, protéger

tenue (f) – uniforme, vênement spécial

terne – qui manque de brillant, d’éclat

 

Fabrice Nodé-Langlois

26 avril 2006, (RubriqueReportages)

Comme après un bombardement. Le bâtiment en béton de deux étages est en partie effondré. Au milieu des gravats, la nature reprend ses droits, les bouleaux envahissent la dalle. Il y a vingt ans, les jeunes du village se retrouvaient ici le soir pour boire un verre, jouer et danser. A cinq kilomètres de la frontière biélorusse, Sviatsk est l'une des rares localités de la région de Briansk à avoir été évacuée de longs mois après la catastrophe de Tchernobyl. Evacuation toute relative puisqu'il y a deux ans, plusieurs personnes âgées y vivaient encore. Plus récemment, les habitants des alentours venaient se servir en matériaux de construction, désossant les isbas et les maisonnettes en béton du village fantôme. Les autorités ont creusé de dérisoires tranchées pour tenter d'empêcher ce pillage de parpaings et de bois contaminés.

La Biélorussie a été le pays proportionnellement le plus touché par la catastrophe de Tchernobyl, ainsi que les territoires ukrainiens situés aux alentours de la centrale. Mais plusieurs régions russes - abritant 1,5 million d'habitants - ont reçu des pluies radioactives en avril et mai 1986 dans les jours qui ont suivi la catastrophe. Presque dans l'indifférence. Vingt ans après, elles se sentent toujours les victimes abandonnées de Moscou. En dix minutes de voiture, la route défoncée mène à Novozybkov, ville de 40 000 habitants, à 160 kilomètres à vol d'oiseau de la funeste centrale nucléaire ukrainienne. «Novozybkov, c'est l'épicentre de la catastrophe de Tchernobyl Les gens ne devraient pas y vivre tant le territoire est contaminé» : c'est le maire lui-même, Ivan Alexandrovitch Nesterov, qui s'exprime. A l'époque soviétique, il administrait déjà la ville. «L'attention de Moscou et du monde a porté sur l'Ukraine et la Biélorussie, pas sur la Russie», déplore-t-il, à l'unisson avec tous les responsables locaux. Aujourd'hui, 300 000 personnes vivent encore dans les territoires russes officiellement considérés comme contaminés.



Dans cette ville paisible où les ternes immeubles soviétiques n'ont pas entièrement supplanté les isbas peintes en bleu ou vert et les maisons pastel, 50% des habitants, soit 20 000 personnes, vivent sur des terrains où la radioactivité dépasse 2,9 millions de becquerels au mètre carré, selon le maire. Des chiffres vertigineux qui cependant équivalent pour les résidents, selon des estimations occidentales, à une dose annuelle de quelque 20 millisieverts, soit la norme autorisée en Europe pour des travailleurs du nucléaire. Le programme fédéral de construction pour reloger cette population n'a pas été achevé. Il existe des maisons neuves mais personne n'a les moyens d'y habiter, poursuit le maire, depuis son bureau où une icône voisine avec le portrait de rigueur du président Poutine.

Les maisons contaminées sont un moindre mal. «La population continue de recevoir des radiations par l'alimentation, déplore le Dr Anatoli Prochine, directeur du centre de diagnostic de Briansk, la capitale régionale. On contrôle la radioactivité des champignons, des poissons et du gibier sur les marchés, mais de manière insuffisante.» Chaque jour, des dizaines de malades qui attribuent leurs maux aux radiations viennent consulter gratuitement dans l'établissement du Dr Prochine. Quinze mille personnes chaque année défilent pour mesurer leur dose de césium radioactif dans le corps.

Principale conséquence sanitaire du nuage radioactif : les cancers de la thyroïde, cinq fois plus nombreux dans la région que dans le reste de la Russie (27 cas pour 100 000 habitants détectés dans les régions contaminées, contre moins de 5 pour 100 000 habitants dans le reste du pays). Des cancers que l'on aurait pu éviter, pour la plupart, si des comprimés d'iode stable avaient été distribués aux populations dans les premiers jours de la catastrophe. «On n'en a distribué qu'à partir du 10 mai, quand c'était inutile», déplore le Dr Prochine. L'iode 131, qui se concentre dans la glande thyroïde, en particulier chez les enfants, perd en effet la moitié de sa radioactivité au bout de huit jours.

Tout n'est pas noir pour autant. «Le pourcentage de personnes contaminées baisse», constate le Dr Prochine, découvrant dans un sourire ses dents en or. Parce que la radioactivité diminue naturellement, et que les enfants ont tout de même une alimentation «propre». Son confrère, M. Nikolaï Rivkind, spécialiste de la détection de la contamination dans les chromosomes, est optimiste. Sur un point au moins. Vu l'absence d'augmentation de leucémies au bout de vingt ans chez les moins de 25 ans, il ne s'attend pas à une explosion des cas de leucémies dans les prochaines années. Reste que «nous avons toujours plus de questions que de réponses», admet le Dr Prochine. En particulier sur toutes les pathologies non cancéreuses, malformations, maladies cardiaques, ostéoporoses précoces, cataractes de l'enfant, peut-être liées à l'exposition chronique aux rayonnements et encore trop peu étudiées. Or, établir le lien entre telle maladie et la radioactivité issue de Tchernobyl est déterminant pour des milliers de personnes. Sans lien officiel, pas de pension. Et c'est une commission à Moscou qui statue. Parmi les premiers concernés, les fameux «liquidateurs», les 600000 civils et militaires mobilisés sur le site de la centrale après l'accident. Au centre de diagnostic de Briansk, 2 700 «liquidateurs» sont suivis. «Ils présentent plus de maladies cardiaques précoces que la moyenne, poursuit le Dr Prochine, mais quelle est la part du stress, des mauvaises conditions sociales et celle des radiations? La propagande des premiers temps a installé un sentiment d'abandon.» Et puis, toujours cette rumeur lancinante depuis vingt ans : «Dans les jours qui ont suivi l'explosion, j'ai vu la pluie en même temps que le soleil, raconte Stanislav Kovalov, élu de Klintsy à la douma régionale. Tout le monde sait que les autorités ont artificiellement déclenché la pluie au-dessus de nous en bombardant les nuages de produits chimiques pour préserver Moscou.» La capitale, si lointaine aux yeux des habitants, à une nuit de train, n'est en réalité qu'à 360 kilomètres de Briansk. Il y a aussi cet officiel moscovite qui, récemment, a déclaré que les 35 000 morts annuels sur la route étaient autrement plus importants que les victimes de Tchernobyl. Dans un petit bureau du centre, celui du Dr Prochine, des hommes au visage marqué attendent patiemment sur des chaises et discutent, comme dans une réunion d'anciens combattants. Face à eux, dans une bibliothèque qui occupe tout le pan de mur, s'entassent des centaines de livrets de papier jauni reliés par une bande de papier à fleur incongru. Ce sont les dossiers médicaux des «liquidateurs». Vladimir, 55 ans, a travaillé trois mois tout près du réacteur. Il mesurait la radioactivité afin de contrôler le temps durant lequel ses camarades pouvaient travailler sans danger. Des périodes de vingt minutes pour limiter la dose. Avait-il une tenue de protection ? Eclat de rire. «Juste un masque», confie-t-il.

Trois ans après, à 38 ans, Vladimir a ressenti les premiers maux. Os, cœur, foie, cerveau, rien ne va plus. Le gouvernement le prend-il suffisamment en charge ? Nouvel éclat de rire. Vladimir et ses camarades ont même fait une grève de la faim l'an dernier. Et ils ont intenté un procès aux autorités. Une entreprise qui promet de durer. Le ressentiment des victimes n'a fait qu'empirer avec les réformes sociales de Poutine. Aujourd'hui, assure un fonctionnaire local, les «liquidateurs» touchent autant que les invalides de guerre. Avant, les médicaments étaient gratuits ; aujourd'hui, il faut les acheter avec de maigres pensions. Dans ce morne contexte, «on ne fait plus d'enfants, déplore le maire de Novozybkov, qui voit là le principal problème régional. Sur les dix premiers mois de 2005, nous avons eu 456 naissances pour 654 décès.» Soit une baisse annuelle de la population de près de 0,5%. La démographie de cette région qui n'attire pas d'investisseurs est encore plus sinistrée que celle de la Russie. Tous ne se résignent pas. Dans une grande maison de brique prêtée par la ville de Novozybkov, Svetlana et son mari, Pavel Vdovitchenko, accueillent depuis vingt ans des enfants handicapés dans des classes colorées, bien pourvues en jouets. C'est la maison des Radimitchis, une dynamique association. Des petits malades bénéficient de consultations médicales gratuites. En 1986, Svetlana ne savait rien. Son père, qui était au Parti, lui a enjoint d'aller se réfugier à Briansk, ce qui était interdit : «Je travaillais dans une école maternelle. Un an après la catastrophe, ils ont enlevé 25 centimètres de terre dans la cour de l'école pour décontaminer. Moi, je faisais attention à ce que je mangeais alors que mes voisins continuaient à consommer du gibier et des champignons. Et puis, en 1991, avec la pénurie, nous n'avions plus le choix.» Elle a eu envie de quitter la région, «en 1989-1990, lorsque nous avons commencé à avoir des informations sur la situation». Aujourd'hui, Svetlana se bat pour que les jeunes restent, et pourtant, elle avoue qu'elle préférerait que son fils Anton, 29 ans, quitte la région avec ses deux enfants, Alek, 8 ans, et Xenia, 2 ans. Chaque été, plus de 400 bambins partent dans le camp de vacances de l'association, dirigé par Anton, situé dans des territoires propres, plus à l'ouest. Dans une vaste pièce du havre des Radimitchis, quatre adolescentes au visage encore enfantin suivent un cours d'informatique. Tchernobyl ? «Oui, on en parle souvent à l'école, répond Ioulia, qui veut devenir avocate. Oui, ça me fait peur. »

Enfants, «liquidateurs», médecins et édiles, la plupart craignent l'oubli. «Les gens qui ne sont pas directement touchés ne veulent pas en entendre parler», nuance Katia, jeune traductrice au centre médical, née à Briansk deux ans avant l'explosion. Le maire de Briansk, Dimitri Chapotko, a tenu à ériger dans un square pour l'anniversaire du 26 avril, un monument à la mémoire des victimes. Son but, affiché sans détour : «Attirer l'attention du gouvernement fédéral pour recevoir plus d'aides.»

En ville, plusieurs magasins affichent dans leur vitrine des cartes de la région remplie de taches de couleur. Représentation de la contamination des sols, pour se souvenir ? Non, il s'agit de la couverture du réseau de téléphone portable, une préoccupation plus immédiate que ce sale souvenir de Tchernobyl qui continue à hanter la région.

 


Date: 2016-04-22; view: 220


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