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VISITE EN RUSSIE ALLOCUTION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, AU MGIMO

(Moscou, 23 janvier 2004)

Monsieur le Ministre, cher Igor,

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Académiciens,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames, Messieurs,

Et Chers Amis,

Je suis heureux de me trouver parmi vous, ici à Moscou, au cœur de ce grand pays ami, engagé sur la voie de la démocratie et de l'économie de marché.

Il y a à peine vingt ans, vous subissiez encore le joug d'une dictature. Quel courage, quelle persévérance pour avoir surmonté tant d'épreuves, opéré une telle révolution. Dans un monde où se font jour de nouvelles forces de décomposition, votre pays aurait pu sombrer dans le chaos. Vous avez relevé un défi sans précédent : la Russie reste une puissance majeure sur la scène internationale.

***

L'histoire dessine entre nos deux pays une grande aventure commune. Au carrefour de l'Orient et de l'Occident, riche d'une spiritualité qui puise aux sources les plus anciennes du christianisme, la Russie a une dimension de pays-continent. Elle est dotée d'une conscience nationale aiguë. Elle n'en est pas moins aussi européenne depuis toujours.

La France comme la Russie a rêvé d'empire et de victoires militaires. Alors que Charlemagne et Napoléon ébauchaient un songe européen, la Russie regardait vers Byzance : chacun voulait faire de son royaume une nouvelle Rome. La France s'est voulue fille aînée de l'Eglise, tandis que la Russie s'est longtemps assigné une vocation messianique, incarnée par la résistance de l'Eglise orthodoxe à l'hégémonie des Mongols. Nos deux pays ont connu les victoires éclatantes, de Poltava à Valmy, mais aussi les pires défaites, de Waterloo à Tannenberg.

Nous partageons une même aspiration à la justice. Mais l'histoire ne va pas sans drame quand l'utopie communiste fait naufrage dans la dictature, ni sursaut quand la grande guerre patriotique triomphe du nazisme. Chaque Français sait ce qu'il doit à la résistance de Stalingrad aux heures les plus décisives du conflit. Aujourd'hui, notre siècle s'ouvre sur un double avènement, la victoire de la démocratie et la renaissance de la Russie.

*

D'une extrémité à l'autre de notre continent, nos deux pays sont liés par un même goût de l'universel enraciné dans une identité profonde.

Songeons au règne de Pierre le Grand attirant à Saint-Pétersbourg architectes et artistes pour édifier sur les rives de la Baltique une capitale d'exception, " fenêtre ouverte sur l'Occident ".

Songeons, au règne de Catherine II, au séjour de Diderot à Saint-Pétersbourg et à la correspondance suivie que l'impératrice entretient avec un philosophe à court d'argent dont elle rachète la bibliothèque. Magnanime, mais surtout visionnaire, l'impératrice voulait ainsi diffuser en Russie la culture humaniste, l'esprit du Grand Siècle et les idées des Lumières. De Montaigne à Voltaire, c'est à son obstination qu'on doit la traduction des œuvres les plus connues du patrimoine français. La connaissance mutuelle progresse au fil du grand tour d'Europe accompli par les jeunes étudiants comme un rite d'apprentissage. S'impose alors le souvenir émerveillé de la ville des Lumières dont témoigne Andréï Makine dans son Testament français.



A cette complicité l'aventure napoléonienne n'a rien changé : en dépit des souffrances, la culture et la langue françaises restent le symbole de la liberté de pensée, de la tolérance et de l'ouverture d'esprit. A la veille de la bataille de Borodino, le général Koutousov ne lit-il pas un roman populaire français de Madame de Genlis ? Cet engouement se double d'un goût profond pour un art de vivre dont témoigne le succès des modistes, couturières, cuisiniers, maîtres d'hôtel et professeurs de danse et d'escrime venus de France.

Et à la fin du siècle, c'est de Russie que provient une liberté créatrice nouvelle marquée par l'héritage slave. Le génie d'un Gogol, la spiritualité tourmentée d'un Dostoïevksi ou l'humanisme d'un Tolstoï suscitent en France un véritable choc. A l'orée du XXème siècle, la modernité russe triomphe en France, avec les opéras de Rimski-Korsakov, de Tchaïkovski et de Moussorgski, les compositions de Stravinsky et la sensualité colorée des ballets de Diaghilev et de Nijinski. Portée par des philosophes comme Léon Chestov ou Nicolas Berdiaev, des écrivains et des artistes comme Biely ou Kandinsky, la Russie en émigration nourrit aussi de ses talents la France de l'entre-deux-guerres. Gorki se fait le porte-parole d'une littérature nouvelle tandis que l'Opéra de Paris fait un triomphe à la grande ballerine Semenova qui interprète Giselle aux côtés de Serge Lifar : ce sont les retrouvailles de toute la Russie à Paris.

Depuis toujours la Russie incarne une vision différente, une voix du monde. Ouverte à tous les courants venus d'Europe et d'ailleurs, elle se situe à un carrefour des idées, des arts et des sciences. C'est pourquoi les romans de Lermontov ou de Dostoïevski, le cinéma d'Eisenstein, de Tarkovski ou de Sokourov ont marqué tant d'artistes dans le monde. Tour à tour gaie et amère, frivole et profonde, sarcastique et mélancolique, l'ironie d'Eugène Onéguine brouille les frontières entre le tragique et le comique. Gogol, Soljenitsyne, Pasternak savent jouer de tous les registres de l'émotion, quand Alexandre Blok et Ossip Mandelstam font écho à nos maudits, de François Villon à Antonin Artaud.

Ainsi s'est développée une véritable fascination réciproque. Le duc de Richelieu importe à Odessa un urbanisme novateur ; Prosper Mérimée traduit les œuvres de Pouchkine ; les collectionneurs russes découvrent nos impressionnistes. En arrivant à Paris, Marc Chagall espère - je le cite : "Peut-être l'Europe m'aimera et, avec elle, ma Russie". C'est à travers lui que Matisse rencontrera l'âme russe et juive, la tradition byzantine et cette nostalgie de la terre natale qui traverse toute la culture russe. Autant de précieux héritages qu'il nous appartient désormais de faire vivre.

***

Nous voici aujourd'hui côte à côte avec un grand dessein : ancrer la justice au cœur des relations internationales ; construire une nouvelle architecture mondiale pour répondre aux exigences de sécurité et de solidarité face à l'évolution des menaces nouvelles.

Le terrorisme est entré le 11 septembre dans une ère inédite : il prend le monde entier pour cible, vise le plus grand nombre de morts, et à travers eux la plus grande déstabilisation possible. Flexible et souterrain, il utilise désormais les technologies modernes tout en s'appuyant sur des discours archaïques ; opportuniste, il profite de toutes les crises, de tous les conflits, jouant sur les sentiments de frustration et d'injustice.

De même, la prolifération des armes de destruction massive constitue désormais un risque majeur pour la stabilité mondiale, d'autant qu'elle pourrait être détournée par les organisations terroristes pour commettre des attentats de grande ampleur.

Enfin, les crises régionales menacent de devenir des abcès de fixation. On le voit en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique : en l'absence d'un ordre susceptible de structurer les relations internationales et de contenir les conflits, la crise menace en permanence de se propager et d'affecter les grands équilibres.

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Dans ce contexte, comment fonder un nouvel ordre au service de la paix ? Comment éviter le risque d'un affrontement entre les cultures, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident ? Faut-il céder à la tentation de la force ou plutôt chercher des solutions fondées sur la sécurité collective ?

Nous assistons à une révolution de la puissance. Autrefois, les instruments classiques, technologiques, économiques, militaires, formaient l'armature des relations internationales. Aujourd'hui la véritable puissance résulte d'une capacité à bâtir. Elle s'appuie sur l'aptitude à créer un ordre, à garantir la cohésion et la paix et à proposer une vision respectueuse de toutes les cultures. Dans ce contexte, la puissance matérielle devient pour partie inopérante. Face à l'exaltation du sacrifice manipulée par des fanatiques, la force n'est plus un rempart. Elle ne doit être que le dernier recours d'une stratégie plus large, établie en fonction de principes et d'un mandat clairs de la communauté internationale.

Dans un monde instable, toute action qui ne serait pas légitime est susceptible de nourrir davantage la déstabilisation. Car le but des terroristes consiste à enclencher une spirale de violences qui échapperait à tout contrôle, avec le dessein de provoquer un affrontement entre l'Islam et l'Occident.

D'autant que s'accroissent les risques de déséquilibre. Des groupuscules peuvent frapper au cœur des plus grandes métropoles. Dans ce nouveau rapport de force, qui n'est plus du fort au fort mais du fort au fou, le fou ne doit pas pouvoir ébranler le fort. Nous devons éviter une nouvelle logique de blocs qui opposerait les bénéficiaires de la mondialisation à la coalition des délaissés. Face à ce risque, il faut humaniser et démocratiser les échanges en visant l'unité de la communauté internationale. Au cours de la crise irakienne, la France, l'Allemagne et la Russie, avec beaucoup d'autres, ont plaidé pour promouvoir la vision d'un monde fondé sur le respect du droit et de la légitimité internationale. De la résolution 1441 à nos propositions communes pour renforcer les inspections, nos pays ont témoigné d'un constant souci de proposition et d'initiative au service de la paix.

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Seule la responsabilité collective est à la hauteur des enjeux. La réforme des Nations unies doit contribuer à l'émergence d'une véritable démocratie mondiale. Dans le même sens, se développe une dynamique de regroupement régional dont l'Union européenne constitue l'un des exemples les plus réussis. En Asie, en Afrique, en Amérique latine, des évolutions semblables se dessinent. Le partage des souverainetés fournit de nouvelles marges de manœuvre dans des domaines qui échappent chaque jour davantage à la maîtrise des Etats : l'environnement, la stabilité financière, la sécurité. Ainsi en Afrique, où les situations d'urgence, notamment en Côte-d'Ivoire, ont conduit la France à s'appuyer sur les médiations africaines avec le souci d'une implication des Nations unies.

Il ne s'agit pas de construire ou d'organiser des grands pôles concurrents comme au XIXème siècle avec le concert des nations, ou au XXème siècle avec la confrontation des blocs, mais bien de coopérer ensemble au service d'une même communauté de destin. Multilatéralisme et multipolarité visent à définir un nouvel équilibre du monde, à décréter une mobilisation générale face aux nouvelles menaces. Aucune puissance ne peut relever les défis seule. Ensemble nous sommes plus forts, plus légitimes, plus efficaces. Un tel système organisé n'exclut pas la flexibilité, sollicitant à chaque fois les énergies les mieux placées, comme on le voit en matière de lutte contre la prolifération, en Iran, en Libye ou en Corée du Nord.

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La Russie a vocation à être un pilier majeur du nouvel ordre international.

Par sa géographie elle est un trait d'union entre l'Europe et l'Asie, au contact de régions fragilisées par tous les défis de notre monde : la prolifération, du Moyen-Orient à la Corée du Nord ; la paix dans les Balkans ; le terrorisme international, auquel nous sommes tous confrontés, du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest ; ou encore les réseaux mafieux qui sont devenus une véritable gangrène et qui profitent des zones d'ombre pour se développer.

Depuis toujours la Russie est porteuse d'une vision originale du monde, riche de son ancrage européen et de ses racines slaves et asiatiques. Son attachement à l'indépendance et à la liberté ne s'est jamais relâché. Ouverte aux valeurs universelles, la Russie a marqué de son empreinte une multitude de peuples et de cultures. Cette diversité lui confère des responsabilités particulières.

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Pour relever les immenses défis auxquels elle est confrontée, la Russie a su engager un processus de transition sans précédent.

Depuis 1991, la société russe aspire à l'ouverture et à la réforme. Chacun peut apprécier les résultats : doublement en cinq ans du revenu par habitant ; refonte du droit ; libéralisation de l'économie ; lutte contre les circuits financiers illicites. Avec le soutien résolu de la France, la Russie est devenue membre du G8. La France a proposé qu'elle en assume la présidence en 2006, ce qu'elle fera. Nous espérons que votre pays pourra rejoindre bientôt l'OCDE et l'Organisation mondiale du commerce. Nous attendons également une contribution accrue de la Russie à un ordre international meilleur, qu'il s'agisse de la ratification du Protocole de Kyoto, d'une adhésion à la Cour pénale internationale ou d'une participation plus directe à l'élimination des mines antipersonnel dans le monde.

En marquant la priorité au rétablissement de l'autorité de l'Etat, le président Poutine a fixé le cap de la réforme. Avec une fiscalité simplifiée et des finances publiques remises en ordre, la Russie restaure sa crédibilité financière et retrouve ainsi ses marges d'action. L'apprentissage de l'économie de marché s'y est fait dans un temps extrêmement bref ; reste à trouver, comme dans tous les grands pays modernes, le bon équilibre entre les responsabilités de l'Etat et celles des acteurs individuels dans la régulation de l'économie.

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Les investisseurs étrangers sont mobilisés et la France entend favoriser, entre nos deux pays comme à l'échelle de l'Europe, la création de partenariats industriels durables dans des secteurs aussi vitaux pour la Russie que l'énergie ou l'industrie aéronautique et spatiale, avec le projet de lancer, à partir de la base de Kourou, la fusée Soyouz. Les industries européennes et russes, dans un environnement fortement concurrentiel, ont vocation à préparer l'avenir et travailler ensemble sur les lanceurs du futur.

Notre coopération doit se poursuivre dans la voie tracée, en particulier dans le domaine de la formation, qu'il s'agisse de celle des magistrats, des échanges universitaires ou de la reconnaissance des diplômes. Dans le secteur linguistique, la mise en place d'alliances françaises pour chacune des capitales d'arrondissements fédéraux complète cet effort de rapprochement entre nos sociétés.

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Sur ce chemin de la réforme, quels que soient les obstacles, nous sommes convaincus que le dialogue et la mobilisation de tous constituent les meilleurs atouts. Je tiens à saluer la récente décision de la Cour constitutionnelle qui consacre la liberté d'informer. Il y a là un symbole important. Le pluralisme politique, la liberté de l'information, le rôle des associations et des organisations non gouvernementales, sont autant de facteurs indispensables, gages d'un véritable débat démocratique.

Chacun peut mesurer la complexité de la crise tchétchène. Comme d'autres conflits contemporains, elle nous semble recouper plusieurs dimensions. Une dimension nationale, ravivée par l'éclatement de l'Union soviétique ; une dimension religieuse dans un Caucase où l'identité des peuples est indissociable des confessions, à la fois chrétienne et musulmane. Mais aussi une dimension de sécurité, avec des actes de terrorisme odieux qui frappent jusqu'au cœur de Moscou.

Chacun perçoit aussi l'urgence d'une solution qui mettra fin à de longues souffrances. La Tchétchénie est en situation de guerre ouverte depuis de trop longues années, avec son cortège de drames et ses risques de déséquilibre pour les pays voisins, de la Turquie à l'Iran.

Le terrorisme doit être condamné et combattu avec la plus grande fermeté et l'intégrité territoriale de la Russie respectée. Mais nous le savons bien, ici comme ailleurs, il ne peut y avoir de solution durable sur la base d'une simple stratégie sécuritaire. Seul un processus politique est de nature à ramener la paix et à soulager les grandes souffrances des populations civiles. La France, vous le savez, soutient les efforts en cours pour faire avancer un authentique règlement politique ; elle reste convaincue que le retour des organisations humanitaires et des médias comme le rétablissement d'une présence permanente de l'OSCE dans le Nord Caucase constitueraient des signaux importants à même de conforter la confiance après le référendum de mars 2003.

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La paix et la stabilité sont bien nos objectifs communs. Une partie du destin russe se joue désormais en Europe. Cette Europe qui s'élargit vers l'Est a plus que jamais besoin d'un partenariat fort avec la Russie. Entre nos deux grands ensembles existe une attraction naturelle qui constitue une véritable chance. A nous d'inscrire notre relation dans une vision commune des enjeux majeurs du monde.

Dans quelques mois l'Union européenne va connaître un élargissement historique. C'est l'occasion d'enterrer les vieilles rivalités, de tourner la page des divisions et d'ouvrir un nouveau chemin partagé entre l'Europe et la Russie au service de la paix, de la justice et de la sécurité.

C'est d'abord une priorité stratégique, car désormais l'Union européenne partage avec la Russie les mêmes voisins, de l'Ukraine à la Biélorussie, de la Géorgie à la Moldavie. La Russie et l'Europe doivent conjuguer leurs efforts pour y régler les crises et y faire progresser les Droits de l'Homme. Pour notre sécurité comme pour la stabilité régionale, nous avons le même intérêt à les accompagner dans leur mouvement vers la démocratie et la réforme économique, dans le respect des identités nationales et de l'intégrité territoriale de chacun. Nos deux grands ensembles économiques et culturels ont vocation à former deux piliers complémentaires d'un nouvel ordre, plus stable et plus solidaire.

De la criminalité organisée aux trafics illicites, la sécurité de l'Europe est désormais indissociable de celle de la Russie. La France a été parmi les premières à proposer que la communauté internationale se mobilise. Aujourd'hui l'Union européenne fait un effort important en allouant plus de cent millions d'euros pour la coopération avec la Russie dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

Notre rapprochement se justifie aussi sur le plan économique. L'Europe représente plus de 40 % du commerce extérieur russe, et après l'élargissement sa part montera à plus de la moitié. Elle absorbe la moitié des exportations du pays en hydrocarbures et en importera près de 20 % de ses besoins, jetant ainsi les bases d'un partenariat énergétique qu'il nous faut développer. Prenant acte de ces réalités, l'Union européenne a proposé à la Russie de favoriser la convergence des réglementations, de simplifier les procédures, d'encourager une plus grande ouverture des marchés.

Ce grand partenariat entre l'Union européenne et la Russie relève enfin d'une nécessité humaine, à l'heure où peuvent s'accentuer les risques de division. Dans cet univers où le partage constitue notre meilleur garant de paix et de stabilité, la Russie comme l'Union européenne ont un rôle central à jouer, toutes deux marquées par la richesse et la diversité des peuples qui la composent. Il nous appartient de faire de cette diversité un atout : elle rend plus que jamais nécessaire un dialogue entre la Russie, la France et l'Europe.

Il a été convenu en mai 2003 à Saint-Pétersbourg entre les vingt-cinq chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union et le président Poutine de développer quatre espaces communs, qui englobent l'ensemble des secteurs d'activité : l'économie ; la justice et tout ce qui relève des affaires intérieures ; la sécurité ; enfin, la culture, l'éducation et la recherche. Car notre coopération doit également permettre un rapprochement entre nos peuples, entre nos artistes, nos entrepreneurs, nos étudiants et nos chercheurs, qui doivent pouvoir se rencontrer aussi souvent que possible et bénéficier d'équivalences de diplômes et de facilités d'échanges. C'est dans cet esprit que nous avons engagé l'élaboration d'un accord visant à assouplir les conditions de délivrance de visas dans le respect de nos engagements européens et dans la poursuite d'un objectif de libre circulation.

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Mais aujourd'hui il faut aller plus loin, et jeter de nouveaux ponts entre nos deux rives.

Notre ambition commune doit être de bâtir un vrai partenariat stratégique et d'en faire un instrument au service d'un nouvel ordre international. Nos deux pays ont une expérience, des réseaux, une vision qui établissent une complémentarité naturelle entre nos deux diplomaties. Autant d'atouts qu'il est de notre devoir de mobiliser en faveur de la paix et de la stabilité du monde.

Nous devons donc mettre en place des coopérations plus étroites, au-delà des consultations existantes entre l'Union européenne et la Russie. Dans le domaine de la sécurité par exemple, nous pourrions instaurer un mécanisme institutionnel permanent, ayant pour vocation d'étudier les menaces qui pèsent sur le continent européen, notamment en matière de prolifération et de terrorisme. Il serait naturel que l'Union européenne développe des instances de concertation sur le modèle de ce qui a été fait à l'OTAN. La France l'affirme avec d'autant plus de conviction qu'elle est à l'origine, avec l'Allemagne, du rapprochement entre l'OTAN et la Russie, d'abord à travers l'Acte fondateur de 1997, puis avec la création du conseil OTAN-Russie en 2002.

Pourquoi ne pas réfléchir également à des opérations communes de maintien de la paix ? Pour agir davantage ensemble, la France est prête à réfléchir avec ses partenaires européens à une collaboration renforcée avec la Russie dans le domaine de la politique étrangère et de défense européenne.

Au-delà, nous devons aller de l'avant dans la coopération que nous avons nouée pour la gestion des crises régionales, à l'instar de notre association très étroite durant l'ensemble de la crise irakienne. Nous pouvons agir ensemble sur la plupart des grandes questions qui mobilisent la communauté internationale, de l'Afghanistan aux crises de prolifération en Iran ou en Corée du Nord ou à l'instabilité dans le Caucase : autant d'enjeux communs, autant de raisons d'agir ensemble. Cette exigence d'action doit nous conduire à des initiatives là où l'urgence nous le commande, et d'abord au Moyen-Orient. En Irak, forts de notre analyse partagée sur le rôle des Etats de la région et des Nations unies dans la construction de la paix, nous devons faire avancer ensemble notre projet de conférence internationale. Au Proche-Orient, il est essentiel que nous nous mobilisions, dans le cadre notamment du Quartet, pour sortir de l'impasse et donner un nouvel élan à la mise en œuvre de la Feuille de route.

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Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Dans un monde parcouru de tant de fractures, le partenariat entre l'Union européenne et la Russie est indispensable. Il se doit d'être inventif et visionnaire. Complémentaire aussi du partenariat de l'Europe avec les Etats-Unis. La singularité de la Russie, sa vocation de passerelle entre l'Europe et l'Asie constituent une chance pour le monde.

Le peuple russe, selon le mot de Mme de Staël, "ne connaît rien d'impossible". A ses côtés, la France et l'Europe, sorties des épreuves du passé pour bâtir une union ambitieuse, veulent contribuer à construire un monde plus sûr, plus juste, plus prospère.

Nos deux nations, "filles de la même Europe", éprises d'avenir et de progrès, savent qu'elles doivent désormais faire converger leurs regards pour conquérir un nouvel horizon : non pas celui de nouveaux territoires ou de nouvelles conquêtes, mais celui d'un monde fondé sur le dialogue, la paix, le partage et la volonté.

Je vous remercie./.


Date: 2016-03-03; view: 200


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