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Une éthique des médias est-elle possible ?

Qu’est-ce que l’éthique ? [22]

L’éthique est un terme qui a beaucoup de succès dans la société moderne (on voir proliférer des comités d’éthique un peu partout), peut-être par compensation à la montée des incivilités, mais son sens est du même coup galvaudé. Naguère on parlait de morale, maintenant d’éthique.

L’éthique, ce n’est pas seulement bien faire son travail dans son coin, se montrer sérieux, compétent, professionnel. L’éthique est un mode de conduite qui est guidé par une vision idéale du Bien, ce qui oblige l’homme à se dépasser pour atteindre ce Bien idéal. L’éthique se définit dans des rapports d’altérité, à travers des liens sociaux, et donc concernent les comportements des individus et des groupes, les uns vis-à-vis des autres. L’éthique est une affaire de principes

Mais l’histoire nous montre qu’il y a différentes façons de définir le Bien par opposition au Mal en fonction des époques et des situations de vie. De ces leçons de l’histoire, le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) en tire une proposition : distinguer une « éthique de la conviction » et une « éthique de la responsabilité » [23].

L’éthique de Conviction concerne les choix de conduite et d’engagement de l’individu en fonction de ce qu’il croit être une valeur suprême à laquelle il adhère par un mouvement de foi plus ou moins rationnel. La Conviction, c’est agir en fonction de ses croyances, dans le domaine de la famille, du travail ou de la politique : l’engagement dans une résistance, le respect de la parole donnée, le souci de sincérité, la grandeur, l’honneur, la fidélité, l’amitié, etc..

La Conviction est une obligation interne en fonction de soi, comme s’il s’agissait de suivre une voix venue de l’intérieur. Une obligation ayant la force dudevoir intime : « Je me dois de ». Comme le : « Je ne pouvais faire autrement » de ceux à qui on a demandé pourquoi ils ont sauvé des Juifs au péril de leur vie. Il s’agit bien d’un principe qui est posé au départ de nos conduites et qui se veut universel, car que serait un principe qui ne vaudrait que pour soi seul. Mais il peut être édicté par un groupe, et il devient alors le principe auquel adhère tous les membres du groupe, et qui guide leur conduite. C’est le cas du serment d’Hippocrate pour les médecins. Les individus qui en font parti se doivent d’en suivre les préceptes (« sauver la vie »).

L’éthique de Responsabilité concerne les choix de conduite et d’engagement de l’individu (ou du groupe) en fonction de données extérieures, plus ou moins objectives, qui contraignent ses actions, et en fonction des effets que sa conduite peut produire sur les autres.



L’éthique de la responsabilité agit donc selon une obligation externe (« je dois faire en fonction de ») qui implique de considérer que nos actes et nos comportements ont toujours une incidence sur les autres par un enchaînement causal que l’on ne maîtrise pas en totalité, et dans lequel on est partie prenante sans même le savoir. On peut donc être responsable sans être coupable comme on l’entendit dire dans l’affaire du « sang contaminé », et comme cela est répété lors de certains actes de repentance.

Les combinaisons Conviction/ Responsabilité

Poussée à son extrême, chacune de ces postures, indépendamment de l’autre, est intenable. A ne tenir compte que de soi et de sa croyance, la conviction engendre extrémismes, radicalismes, intégrismes, souvent sous la pression d’endoctrinements. Tournée vers soi-même, comme un acte de foi (« je crois »), l’engagement par conviction rend sourd et aveugle aux impératifs des circonstances extérieures et aux conséquences que nos actes peuvent avoir sur les autres.

A trop tenir compte des circonstances extérieures (poids des influences, événements aléatoires, groupes de pression), la responsabilité fait s’effacer l’individu au point de l’amener, paradoxalement, à une attitude cynique ou d’irresponsabilité, dans la mesure où il justifie son comportement en se réfugiant dans l’argument du poids des circonstances, comme dans ce que l’on appelle en politique : la « realpolitik ».

Il faut pouvoir combiner éthique de conviction (principe absolu) et morale de la responsabilité (règles du possible/impossible), car les principes appellent des règles pour devenir concrets et les règles ont besoin des principes pour se soutenir. Parfois, ces deux modes d’éthique s’entremêlent. L’Ordre des médecins par exemple combine principe éthique de « préservation de la vie quoi qu’il en coûte », et règles morales d’exclusion de la profession en cas de faute grave. Parfois sont déclarés des principes éthiques de respect des valeurs humaines pour le bien collectif, sans que cela soit accompagné de règles précises. Par exemple, face aux dangers sanitaire, la Bioéthique (OGM, MG, PMA) défend un principe de précaution mais hésite sur les règles sanitaires à adopter, à cause de la non maîtrise de manipulations qui représentent une menace pour l’homme. Parfois encore, principes et règles entrent en conflit, comme c’est le cas des personnalités politiques de gauche qui ont été sollicitées pour entrer dans un gouvernement de droite : une éthique de conviction devrait leur faire refuser la proposition ; une éthique de responsabilité (servir le pays quoi qu’il en coûte) peut leur faire accepter la proposition.


Date: 2015-12-11; view: 240


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