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Une croissance économique poursuivie

Introduction

 

De 1846, date de l’abolition des Corn Laws et donc de l’adoption du Libre échange, à 1873, date généralement admise de l’entrée dans la « Grande Dépression », l’économie britannique domine le monde. En dépit de la croissance rapide la population, le produit national par tête progresse de façon spectaculaire :

 

Tableau 1 – Evolution du produit national brut britannique par capital – comparaison avec la France

 

  Produit national brut Population totale (en millions d’habitants) Produit national brut par tête en livres Ratio PNB par tête français/PNB par tête britannique (en %)
1820-24 14.206 20,48
1825-34 24.357 17,70
1835-44 26.751 18,50
1845-54 27.393 21,50
1855-64 28.976 23,57
1865-74 31.556 32,10

Source : Jean-Pierre Dormois, L’économie française face à la concurrence britannique à la veille de 1914, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 24.

 

L’avance sur la France demeure considérable : l’écart en termes de PNB par tête atteint ou dépasse un tiers à la fin des années 1860 et au début des années 1870.

 

Atelier du monde, la Grande-Bretagne fonde son avance sur une industrie conquérante, mais aussi sur une agriculture moderne, prospère et concentrée. Son industrie bénéficie d’échanges en expansion rapide : selon Arthur A. Lewis, le taux de moyen croissance annuel des échanges en volume (importations + exportations) atteint +4,2% entre 1850 et 1873. Tirant profit du choix fait en faveur du libre échange, le développement de l’économie britannique s’effectue désormais dans un climat social moins brutal. Dans cette perspective, il convient de s’interroger sur les rythmes et les facteurs spécifiques de la croissance mid-victorienne (Richard A. Church, 1975) avant d’en souligner le caractère équilibré. La prospérité agricole et industrielle s’accompagne en effet du développement des activités de services, tant à l’intérieur (banques et transports) qu’à l’extérieur (échanges commerciaux et financiers).

 

Une croissance économique poursuivie

 

La « grande discontinuité » ou révolution industrielle a arraché la Grande-Bretagne au régime de la croissance économique traditionnelle : à partir des années 1780-1800, le rythme de croissance du produit national double, selon une pente qui se poursuit tout au long du XIXe siècle et, notamment, pendant la période mid-victorienne (François Crouzet, 1978). Pendant longtemps, sur la fois de quelques indicateurs isolés (production de charbon ou de fonte, consommation de coton brut, valeur des exportations), la croissance économique victorienne a été surestimée. Dans les années plus récente, l’application à l’histoire des méthodes de la comptabilité nationale a permis d’établir des séries parfois incertaines, mais plus solides que dans la plupart des autres pays, du fait de l’introduction, dès 1842, de l’Income Tax (ou impôt sur le revenu). L’économiste américain Walt W. Rostow s’est appuyé sur celui-ci pour proposer une périodisation classique, mais aujourd’hui discutée.



 

Un certain nombre d’auteurs ont tenté de reconstituer la croissance britannique en longue période. Le premier essai date de 1962, avec les estimations de Phillys Deane et William Cole. Elles ont été révisées par le premier en 1968, puis par Charles Feinstein en 1972, sans doute l’auteur le plus crédible, enfin par Paul Bairoch en 1976. Si l’on s’en tient à celles de Deane et de Feinstein, les performances réalisées ont été les suivantes :

 

Tableau 2 – La croissance du produit national et du produit intérieur bruts du Royaume-Uni et de la Grande-Bretagne au XIXe siècle (Taux de croissance annuels moyens en %)

 

  Deane (1968) PNB Feinstein (1972) PNB Feinstein(1972) PIB
1/ Royaume-Uni 1830-32 à 1911-13 1855-57 à 1911-13   +2,1     +2,0     +2,0
2/ Grande-Bretagne 1830-1910   +2,3   +2,1   +2,1

Source : auteurs concernés.

 

En définitive les divergences sont faibles. En revanche l’intégration de l’Irlande freine la croissance, ce qui ne surprend pas.

 

Les performances ne sont pas exceptionnelles. Elles le paraissent moins encore si l’on considère la croissance du produit par tête :

 

Tableau 3 – La croissance du produit national et du produit intérieur bruts par tête au Royaume-Uni (taux de croissance annuels moyens en %)

 

  Deane (1968) PNB Feinstein (1972) PNB Feinstein (1972) PIB
1830-32 à 1911-13 + 1,3 + 1,1 + 1,1

Source : auteurs concernés.

 

Cette relative lenteur de la croissance per capita explique que la Grande-Bretagne ait été dépassée en rythme par la Belgique, l’Allemagne, la Suisse et la Suède. Néanmoins, son avance est telle, au début du XIXe siècle, qu’elle conserve jusqu’à la Première Guerre mondiale le plus haut niveau de vie d’Europe.

 

Selon Rostow, les années 1851 à 1873 constituent la période la plus brillante du développement économique britannique : celles du « Mid-Victorian Boom ». Sur le plan économique, la période se caractérise par un climat d’optimisme, marquée par la hausse du prix, des salaires et des profits. Les taux de croissance sont alors les plus rapides du siècle, parce que l’agriculture retrouve sa prospérité, le tertiaire se développe tandis que l’industrie poursuit sa croissance. Sur le plan social, la progression rapide des salaires réels entraîne un relâchement des tensions sociales. De plus la conjoncture favorable rapproche aristocratie ete classes moyennes, favorisant le calme politique.

 

La chronologie rostowienne a suscité la multiplication des travaux quantitatifs. Deane et Cole (1962) font apparaître ainsi qu’à une période de croissance forte de la production industrielle, entre 1855 et 1874, succède une décélération sensible de la fin des années 1870 au milieu des années 1890. Cette vision a été contestée par D.S. Coppock (1956) pour qui, si l’on exclut le coton, la décélération industrielle commence au milieu des années 1860. Les débats ont porté aussi sur le produit national. Deane (1968) observe un ralentissement sensible de la croissance dans les années 1840, mais aussi que le troisième quart du XIXe correspond bien à la phase d’expansion la plus rapide du siècle. Feinstein (1972) montre que le taux de croissance le plus élevé est bien atteint entre 1850 et 1873 avant de faire place à une décélération marquée. François Crouzet (1978) confirme cette vision, tout en observant un ralentissement dans les années 1840 et une décélération de l’expansion industrielle dans les années 1860.

 

Ces débats ont motivé le réexamen par Richard A. Church (1975) du « Mid-vitorian Boom ». Il montre que, durant cette période, il n’existe pas de hausse générale et continue des prix, mais deux poussées d’inflation, de 1853 à 1855 et de 1870 à 1873, entre lesquelles se maintiennent des prix élevés, mais stables. L’inflation des années 1853 à 1855 s’explique par la découverte des gisements d’or de Californie (1848), puis d’Australie (1851). Le maintien ultérieur des prix à un niveau élevé résulte du développement du système bancaire, des guerres et des dépenses militaires. Entre 1840 et 1880, le taux d’investissement demeure grosso modo constant, tandis que les investissements à l’étranger connaissent une vive expansion. De plus, l’accroissement du commerce extérieur ne concerne que sa valeur et non son volume. Il est inexact, en outre, d’affirmer que l’on passe d’une croissance marquée par de fréquentes fluctuations à une autre, plus régulière. En effet, entre 1846 et 1874, les années de récession apparaissent presqu’aussi nombreuses que les années d’expansion. Il n’y a en fait ni euphorie permanente, ni inflation des profits. Durant cette période 1846 à 1874, les entrepreneurs ne se montrent pas hostiles à l’innovation en raison d’une forte concurrence intérieure. Les salaires réels progressent certes beaucoup nettement après 1860, mais les crises de 1858, 1862 et 1868 sont marquées par un fort chômage, d’où l’absence de paix sociale.

 

Cette étude de Richard A. Church a relance les recherches. Dans leur ouvrage de 1982, British Economic Growth 1856-1973, R.C.O. Matthews, Ch. Feinstein et J.C. Oldin-Smee estiment à 2,6% par an en moyenne la croissance du PNB britannique. Leur estimations différent de celles de Richard Floud et David McCloskey (1995, vol. 2), qui limitent cette expansion à 2,1% par an en moyenne. Il ne fait cependant aucun doute que pendant les années 1850-1870, celles désignés comme le Great Victorian Boom, les britanniques ont le sentiment de vivre un « âge d’or », celui d’une « économie super-dominante » (Paul Bairoch, 1992) ou de la seule « superpuissance mondiale ». L’expression d’« atelier du monde » (Workshop of the World) se justifie pleinement.

 

Du point de vue des fluctuations cycliques, les années 1860 marquent un tournant. Walt W. Rostow (1953) distingue dix-huit business cycles de 1815 à 1914, dont onze seulement sont des cycles majeurs de neuf ans (de type Juglar), c’est-à-dire qu’à la fin de leur phase d’expansion, les investissements réalisés sont considérable et que le plein emploi de la main-d’œuvre est atteint. Toutefois, jusque vers 1860, l’on observe des cycles mineurs plus courts (quatre ans) et d’une moindre amplitude. Les inventories cycles (cycles de stockage), commandés par les exportations, disparaissent alors. Ensuite l’on observe que des cycles d’investissement. C’est l’indice que, jusqu’au milieu du XIXe siècle, les récoltes jouent un rôle important. Ensuite, seuls agissent les investissements et les exportations.

 

 


Date: 2015-12-11; view: 160


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